Personne(s)

Installation pour un théâtre immobile - Théâtre et marionnettes - Tout public Création du 8 janvier au 28 février 2013 au Théâtre national de Toulouse – Midi Pyrénées Personne(s)

Depuis 2006, je crée des spectacles où se côtoient acteurs et marionnettes hyperréalistes, tous étant finalement des « fausses personnes ». Pour créer Kant de Jon Fosse, Les Aveugles de Maeterlinck et Violet de Jon Fosse, Marguerite Bordat et moi-même avons conçu 19 marionnettes de tailles diverses (de 1m20 à 2m15), ce sont elles qui sont installées pour créer PERSONNE(S).

Pendant les répétitions, j’évoque souvent le principe du roman-photo, indiquant par là qu’une scène sera traitée de manière strictement immobile, le texte venant se poser sur une image fixe. C’est alors au spectateur d’investir l’espace du jeu théâtral en imaginant les liens entre les corps et les paroles. C’est ce principe de roman-photo que PERSONNE(S) propose au visiteur : des personnages immobiles reliés les uns aux autres par des textes diffusés, et mis en scène dans des espaces scénographiés et éclairés.

Nous avons imaginé trois modules étroitement reliés : LA CHAMBRE I LES OISEAUX I LES SENTINELLES. Chaque module occupe un espace qui lui est propre et met en scène 1 à 10 marionnettes, créant des « tableaux » en trois dimensions dans lesquels le spectateur peut pénétrer. Certains « tableaux » sont sonorisés, d’autres pas. Libre à chacun de rester le temps qu’il veut pour observer ces personne(s), s’approcher, imaginer les liens qui les unissent, construire un avant, un après, écouter les textes diffusés. PERSONNE(S) met en scène un théâtre de figures immobiles, qui existe avant tout dans la conscience du spectateur.

L’idée commune à ces trois modules est celle de l’être en transformation, l’être suspendu entre deux états : l’immobilité et le mouvement, le silence et la parole, l’enfance et l’adolescence, la vieillesse et la mort. Notre réel n’est jamais stable, d’un jour à l’autre, d’un instant à l’autre, il reste relatif et insaisissable. A la manière des personnages photographiés par Denis Darszacq, chaque tableau propose une figure en apesanteur. Les éléments qui entourent les personnages instaurent le même rapport trouble au réel : animaux empaillés, faux oiseaux, fac similé de nature, chambre d’enfant reconstituée.

Dans LA CHAMBRE, une adolescente est saisie à 2 mètres du sol, sous le regard de deux garçons de son âge et d’un petit garçon de 8 ans caché derrière le rideau. La chambre est celle d’un enfant, elle est vidée de ses meubles et de presque tous ses objets, on peut penser qu’elle va être transformée elle aussi. Exit le papier peint avec les petits nuages bleus, l’enfance est terminée, c’est un autre âge qui commence, c’est l’éveil du printemps. Dans LA CHAMBRE plusieurs textes sont diffusés, glissés dans l’oreille des spectateurs. La plupart sont des extraits de romans, parmi eux : La pluie d’été de Marguerite Duras, Ce qu’ils disent ou rien d’Annie Ernaux, Le monde est rond de Gertrude Stein, La blessure la vraie de François Begaudeau, La remise à bateaux de Jon Fosse. Les textes sont interprétés par les acteurs de l’Atelier Volant du TNT (promotion 2013). La création sonore travaille elle aussi sur l’idée de reproduction du réel, mélangeant textes, ambiances et musique.

Dans LES OISEAUX c’est un vieillard qui semble s’envoler (devant l’immense poster d’une cascade en forêt – hommage au film Soleil vert de Richard Fleischer -1973) pendant que 10 autres vieux assis sur des bancs l’observent, attendant peut-être leur tour. Et partout, des petits oiseaux sont posés ; par terre, sur les bancs, sur les vieux eux-mêmes comme les oiseaux sur les statues des jardins publics… Et le bruit de l’eau, ultime touche à la reconstitution.

LES SENTINELLES sont des personnages isolés qui guettent quelqu’un ou quelque chose – Le garçon à la balançoire est suspendu au plafond, La fille au renard s’est endormie. Le garçon du pont observe l’horizon par delà les spectateurs.

Bérangère Vantusso – novembre 2012