Longueur d’ondes, histoire d’une radio libre

Longueur d’ondes, histoire d’une radio libre

En mars 1979, au coeur du bassin sidérurgique de Longwy, l’une des premières radios libres françaises a commencé à émettre : Radio Lorraine Coeur d’Acier. Elle était destinée à être le média du combat des ouvriers pour préserver leurs emplois et leur dignité, mais elle a transcendé cette lutte, pour devenir une radio véritablement Libre. La population s’en est massivement emparée pour s’y exprimer, elle l’a forgée avec une humanité rare, elle l’a défendue avec détermination et force face au cynisme. Cette radio a incarné la beauté d’une insoumission collective par la parole et la pensée, d’une expérience démocratique inouïe qui a été fondatrice pour bon nombre de personnes qui, comme moi, l’ont vécue. Cette histoire, il m’a semblé la ré-entendre au détour des commissions de Nuit Debout, dans le désir d’être ensemble et de se penser hors de toute organisation politique. Je pense que l’expérience de 1979 a quelque chose à dire de la liberté aux jeunes gens d’aujourd’hui.

La mise en jeu scénique de ce projet est inspirée d’un art du conte très populaire au Japon, que j’ai
découvert au musée du Manga de Kyoto : le Kamishibai, littéralement « pièce de théâtre sur papier ». Le
narrateur raconte une histoire en faisant défiler de grands dessins glissés dans un castelet en bois. Une
sorte de roman graphique que l’on effeuille en parlant.
J’ai souhaité collaborer avec Paul Cox pour la réalisation des images de cette pièce.
Très rapidement Paul a évoqué les ateliers de sérigraphie clandestins des écoles d’art à Paris en 1968 et
le mot affiche est entré dans notre projet.
A la manière d’un éphéméride – plantés dans un studio d’enregistrement d’où seront envoyés des sons
d’archives – dans une profusion de feuilles/affiches, nous conterons les 16 mois épiques durant lesquels
cette radio a émis. Le papier sera le support des images, des mots, mais il sera aussi la matière du récit :
déchirer, couper, mettre en boule, empiler, lisser, coller, rouler, plier…
Dans les plis, c’est l’histoire qui est invitée : la grande, celle des luttes ouvrières et la petite, celle de ceux
qui ont osé prendre la parole pour se dire aux autres et à eux-même. »

Bérangère Vantusso – Juin 2017