Les Aveugles

Le Républicain Lorrain
jeudi 24 janvier 2008

Une métaphore de l’existence

Produite par la compagnie trois-six-trente, la pièce Les Aveugles a été jouée hier soir au théâtre municipal. Durant plus d’une heure, la métaphore de la solitude, de l’individualité, a plongé les spectateurs dans un malaise latent. Une création originale, percutante, à voir six soirs encore.

Des bancs, des rideaux noirs. Dans un décor épuré, la narratrice dépeint le tableau. Dans une ancienne forêt à « l’aspect éternel », un vieux prêtre est assis entouré de douze aveugles.Très vite l’inquiétude s’empare du groupe, livré à lui-même, n’entendant plus la voix de son guide. « Quelqu’un sait-il où nous sommes ? » Le dialogue entre les protagonistes s’instaure. « J’ai peur quand je ne parle pas ». Assis l’un à côté de l’autre, une impression d’abandon les saisit.
« Nous vivons ensemble mais nous ne savons pas qui nous sommes ». La métaphore de l’oubli, de l’individualité trouve tout son sens. Eux ne voient pas, mais l’homme dans son quotidien prend-t-il le temps d’observer autrui, de le connaître ? À travers le bruit des feuilles, le souffle du vent, les non-voyants tentent désespérément de se repérer. Guettant un signe, l’espoir d’une délivrance prochaine les habite. Habitués à dépendre d’un homme, certains trouvent refuge dans le sommeil, d’autres s’enferment dans un mutisme profond. Refusant d’affronter la réalité ? La peur les ronge.
Incarnés par des marionnettes, auxquelles les quatre comédiens prêtent leur voix, les personnages perdent progressivement pied.
Leur désarroi face à l’inconnu gagne peu à peu la salle. La clarté s’évapore doucement. Dans la pénombre des sanglots retentissent. Le prêtre est retrouvé mort. Que vont-ils devenir ? Qui va se soucier d’eux ? Dans cette création mise en scène par Bérangère Vantusso, les marionnettes sont hyper-réalistes, habillées, coiffées, comme des êtres humains, à la différence qu’elles sont plus petites. L’envie de s’ouvrir aux autres, d’ être reconnu en tant qu’individu y est oppressante. Chaque spectateur est ainsi confronté à ses propres craintes, sa peur de la solitude, son effroi devant l’inconnu. Une vision introspective que les Aveugles réussissent à susciter.

S.F.


Dernières Nouvelles d’Alsace – jeudi 12 février 2009

Sélection
Strasbourg

Etre au monde sans le voir

Aux taps Gare l’autre semaine à Strasbourg, Bérangère Vantusso et sa compagnie trois-six-trente, a donné Les Aveugles de Maurice Materinck. Spectacle déroutant, très abouti, qui en appelle aux sens et s’interroge sur la destinée humaine.

Etrange moment de théâtre où l’on bascule dans une acuité sensorielle épurée et exigeante, où les comédiens, ombres parmi les ombres, portent les mots en animant avec retenue des marionnettes hyper réalistes mais plus petites, plus frêles que l’humain.

Une tension troublante
Monter le théâtre du symboliste belge Maurice Maeterlinck n’est pas simple. L’auteur voulait, en effet chasser l’acteur de la scène car il considérait le travail de « représentation » dépassé et préconisait la venue d’un androïde, c’est-à-dire d’une créature qui aurait perdu toute identité humaine en en gardant la forme. Bérangère Vantusso a aisni choisi de faire jouer Les Aveugles – six hommes et six femmes- par de magnifiques et troublantes marionnettes en cire et en bois. Ils ont été emmenés en promenade par un prêtre qui a disparu et ne savent comment retrouver leur chemin qui les ramènera à l’hospice. Les bruits alentour deviennent leurs seuls reprères. Ils écoutente et se parlent. Les sons d’Arnaud Paquotte, les mots des comédiens prennent alors une incroyable résonnance, dans une salle plongée dans le noir où la lumière d’Olivier Irthum sculpte le décor et donne vie aux marionnettes de Marguerite Bordat. Le spectacteur unique témoin « voyant » de la scène, est le seul à savoir que le prêtre est mort, adossé à un arbre…
« Il m’est arrivé de croire qu’un viellard immobile vivait, en réalité, d’une vie profonde, plus humaine, plus générale que l’amant qui étrangle sa maîtrese », écrivait Maeterlinck. Et il y a dans ces Aveugles en effet une tension dramatique palpable et troubante – le spectacle touche à l’existentiel, au plein sens du terme. Deuxième volet d’un diptyque dont la première partie a été un spectacle pour enfant – Kant de Jon Fosse créé au Théâtre de la Manufacture à Nancy-, Les Aveugles reprend à destination d’un public adulte les mêmes interrogations : le désarroi face à l’inconnu, et l’inconcevable de la présence de l’homme sur terre.

Véronique Leblanc


La Voix
Lundi 28 janvier 2008
« les aveugles » de Maeterlinck au Centre dramatique de Thionville

Des intentions concrétisées

La mise en scène par Bérangère Vantusso des Aveugles de Maurice Maeterlinck est l’exacte concrétisation des intentions surprenantes du dramaturge.

Ils sont douze aveugles à avoir quitté leur institution pour une promenade dans la belle nature de l’île où ils résident, sous la conduite d’un vieux prêtre. Fatigués, ils se sont arrêtés pour se reposer.
Mais voilà qu’ils s’inquiètent du temps qui s’écoule et du silence prolongé de leur guide. Que se passe-t-il ? Où est-il ? Où sont-ils ? Que va-t-il leur advenir ? Leur situation est tragique.
Mais Maurice Maeterlinck, l’auteur des Aveugles, ne désire en rien plonger dan suen tragédie bien naturaliste, nous confronter au désespoir de naufragés, de « perdus », comme ceux qui font les beaux jours de certaines séries télévisées. Le théâtre qu’il revendique, est un théâtre symboliste, un « drame statituqe », débarrassé de l’action et des comédiens, fondé sur un « dialogue inutile ».
Pour Maeterlinck, l’essentiel est invisible aux yeux ! Chaque mot, chaque situation, chaque réaction ne sont qu’apparences, signes visibles d’uen rézlité plus vaste, des signes qui ne doivent pas – comme dans le théâtre traditionnel – circonscrire le sebns des œuvres, faire obstacles à son surgissement. Ainsi, le comédien, dont le corps, la personnalité, la « prsence », captovent notre attention, aisnsi les dialogues qui nous séduisent davantage par leur forme – vivacité, ingéniosité, brillant –n qu epar leur contenu. Le spectacteur est irrémédiablement distrait.
Béarngère Vantusso est absolument fidèle aux conceptions de Maeterlinck : toute sa mise en scène nous conduit à l’essentiel, au-delà d’apparences scéniques purement singifiantes. Une lumière crépusculaire baigne le plateau: nous entr’apercevons ; la réalité


La Voix – Lundi 28 janvier 2008

« Les Aveugles » de Maeterlinck au Centre dramatique de Thionville

Des intentions concrétisées

La mise en scène par Bérangère Vantusso des Aveugles de Maurice Maeterlinck est l’exacte concrétisation des intentions surprenantes du dramaturge.

 

Ils sont douze aveugles à avoir quitté leur institution pour une promenade dans la belle nature de l’île où ils résident, sous la conduite d’un vieux prêtre. Fatigués, ils se sont arrêtés pour se reposer.
Mais voilà qu’ils s’inquiètent du temps qui s’écoule et du silence prolongé de leur guide. Que se passe-t-il ? Où est-il ? Où sont-ils ? Que va-t-il leur advenir ? Leur situation est tragique.
Mais Maurice Maeterlinck, l’auteur des Aveugles, ne désire en rien plonger dans une tragédie bien naturaliste, nous confronter au désespoir de naufragés, de « perdus », comme ceux qui font les beaux jours de certaines séries télévisées. Le théâtre qu’il revendique, est un théâtre symboliste, un « drame statique », débarrassé de l’action et des comédiens, fondé sur un « dialogue inutile ».
Pour Maeterlinck, l’essentiel est invisible aux yeux ! Chaque mot, chaque situation, chaque réaction ne sont qu’apparences, signes visibles d’une réalité plus vaste, des signes qui ne doivent pas – comme dans le théâtre traditionnel – circonscrire le sens des œuvres, faire obstacle à son surgissement. Ainsi, le comédien, dont le corps, la personnalité, la « présence », captivent notre attention, ainsi les dialogues qui nous séduisent davantage par leur forme – vivacité, ingéniosité, brillant – que par leur contenu. Le spectacteur est irrémédiablement distrait.
Bérangère Vantusso est absolument fidèle aux conceptions de Maeterlinck : toute sa mise en scène nous conduit à l’essentiel, au-delà d’apparences scéniques purement signifiantes. Une lumière crépusculaire baigne le plateau: nous entr’apercevons ; la réalité ne se réduit pas à un décor trop strictement délimité par un éclairage incisif ; nous complétons par nous-mêmes ce que notre regard devine. Les mots ne sont pas échangés, ils se succèdent, ils se juxtaposent ; les voix sont monocordes, vides de toute intonation. Et nous en arrivons alors à comprendre l’au-delà de ces mots : la cécité des personnages, l’île où ils ont échoué à cause de leur handicap, ce naufrage dans la nature sans plus aucun repère, cette solitude du groupe, et voilà que nous nous retrouvons confrontés à la réalité sans appel de notre destinée.
Mais surtout, ce sont les personnages qui sont les vecteurs les plus révélateurs de cette étrange entreprise : lorsque la lumière nous permet de les distinguer, ils nous apparaissent immobiles, comme définitivement tétanisés. Mais bien vite, nous découvrons qu’il s’agit de marionnettes
hyperréalistes, de fantastiques apparences donc pour nous renvoyer à l’humain essentiel. Et ces « marionnettes », ce sont quatre comédiens qui les « manipulent » ; ainsi en va-t-il  de nous, jouets de forces obscures…
C’est à une bien étrange et fascinante cérémonie que nous convient Maurice Maeterlinck et Bérangère Vantusso.

Stéphane Gilbart


Luremburg Post – 28 janv 2008

Un drame statique au dialogue inutile
« Les Aveugles » de Maeterlinck au Centre dramatique de Thionville
Par Stéphane Gilbart

Etrange et pertinente cérémonie à laquelle nous convie Bérangère Vantusso avec sa mise en scène des « Aveugles » de Maurice Maeterlinck.

Le noir se fait sur le plateau, un profond silence s’installe. Il faut un certain temps pour que s’élèvent les applaudissements hésitants, plus nourris quand, faibles lumières revenues, les comédiens s’avancent pour saluer avant de se retirer. Mais les spectateurs, étrangement, restent assis. Ils ne se précipitent pas comme d’habitude vers la sortie, pressés de rallumer ce téléphone portable sans quoi l’homme d’aujourdhui semble manquer d’air. Ils sont encore sous le coup de ce qu’ils viennent de vivre.
Ils ont participé – ils n’en ont pas été simples spectateurs – à une étrange cérémonie dont les maîtres d’œuvres sont Maurice Maeterlinck, l’auteur et Bérangère Vantusso, la metteuse en scène.
La représentation commence par un long moment d’obscurité. Une voix au débit si lent nous décrit un décor que nous ne voyons pas. C’est la voix qui importe, c’est elle qui est la réalité, ou du moins l’accès à la réalité. Dans une lumière crépusculaire apparaissent treize personnages étonnamment immobiles. L’un d’entre eux, puis un autre, se mettent à parler, mais si faiblement d’une voix si neutre.

Un univers vertigineux

Et c’est alors que nous comprenons : ces personnages sont des marionnettes hyper-réalistes dont les voix et les mouvements sont ceux que leur confèrent quatre comédiens-manipulateurs. Tel est, en parfaite adéquation avec ses intentions, l’univers voulu par Maurice Maeterlinck pour sa pièce « les Aveugles ». Ces personnages-là, murés dans leur cérémonie, immobiles dans l’attente, sont des aveugles sortis de leur institution pour une promenade par les chemins de leur île, sous la conduite d’un vieux prêtre. Ils se sont arrêtés un moment pour se reposer.
Mais voilà que leur guide ne dit plus rien et le temps passe. Où est-il ? Pourquoi se taît-il ? Quelle heure est-il ? Que va-t-il leur advenir ? Nous les spectateurs nous connaissons la réalité : le prêtre est là, effondré, mort. Les aveugles sont seuls, absolument privés de tout repère, ils sont – et le mot est à prendre dans son double sens – perdus ! « Ayez pitié de nous ! » sont les derniers mots de la pièce.
Avec ses marionnettes, grâce au rythme suspendu des voix et des mouvements, Bérangère Vantusso nous installe dans l’univers symboliste de Maeterlinck, ce Maeterlinck qui dénonçait l’acteur, dont la réalité particulière du corps fait obstacle à l’accès au sens, qui refusait tout décor, toute action, parce qu’ils nous distraient de l’essentiel à percevoir au-delà des apparences, dont les propos toujours, renvoient à d’autres significations, bien plus vastes, bien plus définitives ; Maeterlinck qui voulait instaurer un « drame statique » au « dialogue inutile ».
Et les marionnettes et les mots nous confrontent aux réalités profondes de notre condition : solitude, incompréhension, incapacité de voir, de saisir, de savoir, de réagir.
Et l’on comprend alors la pétrification du spectateur à la découverte de pareil univers vertigineux.


Sortez Lorraine – avril 2008

La compagnie trois-six-trente de Bérangère Vantusso prête ses mouvements et sa voix a treize marionnettes qui de leurs corps de cire et de bois incareneront les Aveugles, la pièce écrite par Maurice Maeterlinck en 1890. L’univers de Maeterlinck est imprégné de la mort. Les personnages sont réduits au strict minimum d’incarnation dans un texte tissé de non-dits, de blancs et de silences. Les Aveugles, c’est l’histoire de treize personnes, vieilles et aveugles pour la plupart. C’est lors d’une promenade avec le prêtre loin de l’hospice que ce dernier disparaît et abandonne les personnages alors livrés à eux-mêmes, guidés par les yeux sains du nouveau-né. La pièce semble être écrite pour solliciter la sensibilité du spectacteur à l’égard de l’invisible, pour stimuler sa participation. La compagnie ne développe pas un type de manipulation, elle se laisse guider par les mots, le texte qui impose la forme choisie pour sa mise en jeu. Le noir inonde évidemment les décors des aveugles, on ne pourra compter que sur les rêves pour les touches colorées.


12/11 > 13/12/2008 – HAUTS-DE-SEINE
Stimuli marionnettiques
MarTO – Marionnettes et théâtre d’objets pour adultes

Avec sept spectacles dans six lieux différents des Hauts-de-Seine, le festival MAR.T.O prend le pouls d’un théâtre de formes animées multiple, stimulant et qui revitalise les formes de représentation. Les poupées hyperréalistes de trois-six-trente, le fourbi dérisoire de Mireille & Mathieu,… construisent des images du réel féroces, hilarantes ou saisissantes. Et c’est roboratif.

Depuis bientôt dix ans, MAR.T.O donne rendez-vous aux compagnies qui inventent sans complexes un théâtre de formes animées d’aujourd’hui. Un théâtre protéiforme où la manipulation de la matière sensible est au centre.
L’édition 2008 s’ouvre sur la proposition magistrale de la compagnie trois-six-trente qui revisite Les Aveugles de Maeterlinck. La metteuse en scène Bérangère Vantusso a choisi de suivre à la lettre le souhait de l’auteur symboliste qui appelait de ses voeux un simulacre d’acteur. Cela donne une expérience théâtrale profonde et étrange, qui trouble nos sens. Les marionnettes au visage extraordinairement réaliste possèdent dans leur immobilité même une présence sans pareille. S’ajoutent la finesse de l’interprétation des acteurs, le travail ciselé du son et des lumières qui dessinent un paysage entre la nuit et la pénombre. Cette population dans l’ombre qui cherche sa voie, c’est une humanité face à elle-même, paralysée, entre l’espoir et l’effroi. La metteuse en scène signe là un thriller métaphysique et sans doute son spectacle le plus abouti. Elle propose de faire partager sa recherche sur la résonance entre la figure marionnettique et la langue au cours d’un stage ouvert à tous intitulé “La distance du corps à la langue” à La Piscine de Châtenay-Malabry les 15 et 16 novembre.

> Festival MarTO, du 12 novembre au 13 décembre au Théâtre Firmin Gémier-La Piscine à Antony, au Théâtre Victor Hugo de Bagneux, au Théâtre Jean-Arp de Clamart, au Théâtre des Sources de Fonteay-aux-Roses, au Théâtre 71 de Malakoff, au Théâtre de Vanves.

Naly GERARD