Kant

Pièce pour 1 marionnette et 3 acteurs – Tout public à partir de 7 ans Kant Traduction Terje Sinding

« Bérangère Vantusso élabore un spectacle tout public (à partir du 7 ans) d’une grande acuité. Un spectacle en forme d’invitation à la réflexion et à l’imagination.(…) Servant magnifiquement le propos de Jon Fosse, trois manipulateurs prennent en charge les mouvements et la parole du pantin avec lequel ils semblent faire corps, lui insufflent comme par magie une apparence de vie. Par leur entremise, la question du réel et de l’illusion, le mystère lié à l’essence du vivant, s’affirmant de façon frappante au cœur du plateau. Ainsi, interprètes de phrases qu’ils n’ont pas écrites, artisans de mouvements qui portent plus loin que leurs propres mains, Anne Dupagne, Guillaume Gilliet et Philippe Rodriguez-Jorda offrent un écho  supérieurement poétique à la puissance d’écriture de l’auteur norvégien. »
Manuel Piolat Soleymat – La Terrasse – mars 2008

Kristoffer a huit ans, il est au cours élémentaire.
Le soir à l’heure où il faudrait dormir, il pense à l’univers et se demande s’il a un bord.
Si l’univers a un bord où est-il et qu’y a-t-il après ce bord ?
Il s’imagine qu’il y a un géant, là bas, dans l’univers.
Ce géant dort et rêve et lui, Kristoffer, n’existe que dans le rêve du géant.
Il appelle son papa.
Son père vient dans sa chambre et tente de le rassurer en lui expliquant que quand il sera grand il pourra lire les livres d’un philosophe qui s’appelle Kant et qu’après les avoir lus il comprendra un peu mieux pourquoi on n’arrive pas toujours à tout comprendre.

« - C’est pour les gens qui aiment penser, ça ?  Je demande. Mon papa fait oui de la tête.
 - Mais moi je n’aime pas penser, dis je. »

Kristoffer préfère lire Mickey. Il pense que son papa lui aussi est dans le rêve du géant et que finalement s’ils sont tous les deux dans le rêve alors, au fond, ça ne change rien.

« -Je me trouve un vieux Mickey, et je me dis que c’était Kant qu’il s’appelait, l’homme dont mon papa m’a parlé. Kant, ça veut dire bord en norvégien. Drôle de nom Kant. »

 

KANT est un conte philosophique écrit par Jon Fosse en 1990.
A travers les yeux d’un enfant de huit ans au moment de s’endormir – moment charnière entre le jour et la nuit, la réalité et le rêve – l’auteur interroge notre capacité à comprendre le monde dans lequel nous vivons.
La pièce est en réalité une formulation enfantine, « naïve », pleine d’humour mais néanmoins très juste, de la première antinomie de la raison pure, dans la Critique de la raison pure de Kant. Là, se contredisent, de façon insurmontable, sans solution directe, ni logique, une thèse ( » le monde a un commencement dans le temps et il est aussi limité dans l’espace »), et une antithèse (« le monde n’a ni commencement dans le temps, ni limite dans l’espace, il est infini aussi bien dans le temps que dans l’espace »).

Kristoffer est un petit garçon de l’âge des jeunes spectateurs.
Il est le vecteur du conte, celui à qui ils s’identifient.
Il partage avec eux ses questions, ses craintes, sa vision du monde mais aussi son papa et ses vieux numéros de Mickey.

Marionnette hyper-réaliste et ombres chinoises
Le jeune garçon est le seul personnage du conte traité en marionnette.
De type Bunraku, manipulé par trois personnes, il mesure environ un mètre de haut, et est à l’image d’un enfant de huit ans en pyjama.
C’est une marionnette hyper-réaliste, qui pousse la question du réel jusqu’à mettre le spectateur dans la position de se demander, « est-ce que c’est vrai ? », « est-ce que ça vit ? » et finalement « qu’est-ce qu’être vivant ? ».

Les pensées intérieures de Kristoffer, sont déployées sur de grands écrans en ombreschinoises et en projections d’images, de silhouettes, de textes, à différentes échelles et dans des états de déformation ou de réalisme plus ou moins grands selon les moments.

Les trois acteurs – marionnettistes présents sur le plateau prennent en charge tour à tour les rôles de conteur, de Kristoffer, du père, de la mère, mais aussi de Mickey, du géant, de la lumière du couloir, de quelqu’un tapi dans l’ombre. Ils incarnent les présences qui font bouger le réel.

Diptyque
Kant est le premier volet d’un diptyque dont la deuxième partie est un spectacle pour adultes : Les Aveugles de Maurice Maeterlinck, qui a été créé en janvier 2008 au CDN de Thionville.

Comment parler de la même chose à un enfant et à un adulte? C’est le projet de ce diptyque de créer un spectacle pour le jeune public et un spectacle pour adultes  autour du même questionnement dramaturgique.

Bien qu’écrites à un siècle d’intervalle et destinées à des spectateurs d’âges différents, les mêmes interrogations sous-tendent les deux pièces : notre désarroi face à l’inconnu, à l’inconcevable de la présence de l’homme sur terre.