Va Où

Va Où

Autoportrait en marionnettes

«  Va où, spectacle de chambre mis en scène et interprété par Bérangère Vantusso, déroule le texte d’une poète de 37 ans, Valérie Rouzeau, comme une musique chantonnée pour soi. Pas de trémolo dans cette poésie simple, où l’amour des mots autorise les emprunts.

(…) Et c’est le mérite de ce spectacle que de porter si fidèlement le texte. »
Frédérique Fanchette – Libération – Vendredi 22 octobre 2004

 

Va où c’est d’abord un recueil de poèmes écrits par Valérie Rouzeau.
Son écriture est vivante et proche, ses poèmes ont un corps.
Je me suis emparée de certains de ses textes pour tracer de moi-même un autoportrait en marionnettes et prolonger une rencontre simple et évidente avec les mots d’une autre.

« (…) pour me tirer d’affaire et dire un peu
d’étrange qui m’arrive à tout le monde si du bout de
mes doigts voit le bout de mes peines
Qui m’arrive à tout le monde »
            Va où (extrait)

 

Mettre en jeu un autoportrait, avec la distance de la marionnette, porte évidemment à questionner l’ambiguïté des rapports intimes et sociaux.

La marionnette devient un double qui parle  à notre place – mais lequel des deux parle pour l’autre ? –  elle devient un corps derrière lequel on peut se cacher ou bien le prolongement de soi qui accepte de se livrer – mais là encore lequel des deux corps cache ou prolonge l’autre ?
C’est dans le petit écart entre ce qu’on montre et ce qu’on croit montrer que réside sans doute le jeu de la représentation.
« Mettre en scène un autoportrait en marionnettes, c’est tenter d’entrer en soi par la petite porte. »

le dispositif scénique revisite le principe du castelet traditionnel, permettant de faire coexister plusieurs techniques de manipulation de marionnettes (manipulation sur table, théâtre d’ombre, théâtre masqué, théâtre de papier).

Des panneaux noirs, plus ou moins transparents, coulissent latéralement, comme des volets silencieux qui s’ouvrent sur différents espaces de jeu avec les marionnettes.
De la petite fente- à travers laquelle le spectateur ne peut qu’entrevoir les choses – à l’ouverture panoramique sur deux longues tapisseries, en passant par de grands écrans blancs pour du théâtre d’ombre, la scénographie entière s’applique à amplifier le jeu des changements d’échelle et à garder secrète l’identité de la manipulatrice. Du début à la fin, on ne verra d’elle que ses jambes et ses pieds, qui finissent par devenir eux aussi des personnages, relais expressifs de ses émotions.
Cabine d’essayage, confessionnal ou peep-show, le spectateur écoute l’histoire morcelée et poétique d’une femme qu’il ne verra finalement qu’un quart de seconde.

 

les marionnettes sont comme de multiples  « exemplaires » de  la marionnettiste, plus ou moins morcelés, qui apparaissent à des échelles différentes selon les poèmes.
Le regard de tous les personnages est réalisé à partir de photographies couleur de ses yeux collées sur les marionnettes.
Son grand corps à elle est toujours présent à l’image mais seulement par bouts : on voit ses mains qui manipulent, on voit son corps jusqu’aux épaules derrière un immense masque représentant le haut de son visage, on voit ses jambes et ses pieds en permanence.
Parfois une marionnette entière glisse le long d’un couloir, parfois ce sont seulement  ses pieds en modèle réduits  pour un voyage en train, parfois des photos de son corps, reproduites sur du papier transparent sont glissées les unes par-dessus les autres dans une boîte en plexiglas.
Chaque marionnette/morceau de corps lui sert à raconter un bout d’elle-même, chaque changement d’échelle emmène le spectateur vers d’autres poèmes où elle parle – de son enfance, de sa mort, de sa vieillesse, de la création, de ses voyages, des « personnes  à merveille dans sa vie », de reprendre la route.

 

Va où–ce qui m’arrive à tout le monde a été créé
du 29 septembre au 31 octobre 2004 à la Maison de la Poésie à Paris.

Le spectacle n’est plus disponible en tournée.