Résidence In Situ

Résidence In Situ

En juin 2007, je cherchais activement un atelier pour construire les 13 marionnettes destinées à la création des Aveugles de Maeterlinck.
Isabelle Bertola (directrice du Théâtre de la Marionnette à Paris) m’a proposé d’inscrire ce projet dans le cadre d’une résidence de création In Situ, mise en place par le Conseil Général de Seine-Saint-Denis.
Il s’agissait de prendre nos quartiers au cœur d’un collège et d’inventer des liens entre notre propre travail
de création et la vie de l’établissement.

En août 2007, le jour de la rentrée administrative, la compagnie s’est donc installée au Collège Jean Jaurès de Saint-Ouen. La salle 006 donnant directement sur la cour du collège a été mise à notre disposition et transformée pour quelques mois en atelier. C’est là que nous avons commencé la construction de 13 marionnettes de vieillards aveugles, mesurant chacune environ 1m10 de haut, et de facture hyper-réaliste. Pendant trois mois, 10 personnes ont travaillé dans cet atelier de façon plus ou moins régulière (sculpteuse, mouleuse, peintre, costumière, stagiaire, perruquière,…). Nous sommes arrivées avec des morceaux de bois, d’aluminium, des bouts de mousses, des vis, des tissus, et nous sommes reparties de l’atelier avec nos marionnettes prêtes à répéter.

La salle de classe / atelier était ouverte aux élèves quasiment tous les jours aux heures de récréation et à midi.
Ils pouvaient donc facilement en franchir les portes pour suivre l’avancée du travail, partager nos errances,
nos doutes, nos réussites. Les premières visites étaient souvent très surprenantes car les élèves ne s’attendaient pas à ce qu’ils allaient trouver dans l’atelier.

Dans leur esprit, le mot marionnette appartenait forcément au registre des petits enfants, ils pensaient inconsciemment  trouver des petites poupées rigolotes avec les cheveux en laine et ils découvraient des grandes marionnettes de vieillards, impressionnantes de réalisme et visiblement destinées à raconter d’autres histoires
que celles qui endorment les enfants.
Nous ressentions immédiatement que ce travail leur inspirait beaucoup de respect, de curiosité et d’intérêt et que l’échange pouvait démarrer.

Parallèlement à ces temps portes-ouvertes, nous avons reçu des classes encadrées par leur professeur afin de leur présenter le projet, de parler avec eux du processus de création, de leur faire partager les secrets de l’atelier, de répondre à leurs nombreuses questions concernant le métier d’artiste. Ces rencontres ont souvent donné lieu à des échanges très intéressants sur la place de l’artiste dans la société, sur la nécessité de créer, sur la reconnaissance d’un travail artistique (qui ne passe, pour les élèves, que par la télévision à priori) sur le choix de monter tel ou tel spectacle, sur les coûts des créations.

Je garde le souvenir marquant d’un élève de 3e qui me conseillait d’aller demander aux gens dans la rue ce qu’ils aimeraient voir au théâtre afin de pouvoir répondre à leur désir et, logiquement, devenir très célèbre… Cette remarque m’ a fait sourire et m’a paru en même temps extrêmement révélatrice du rapport que ces jeunes gens entretiennent avec « le monde du spectacle » qui est lié avant tout pour eux au succès et à l’argent. Partant de cette remarque, nous avons pu parler de l’identité artistique, de la création dans son sens premier, faire apparaître ce qui n’existe pas (et non pas répondre à une soi-disante demande du public). Nous avons parlé du nivellement culturel, de la nécessité d’ affirmer très fortement ce que l’on est plutôt que de chercher à être ce qu’on pense que les autres attendent de nous. La rencontre avec cette classe avait démarré de façon assez tumultueuse, elle est devenue réfléchie, attentive et intelligente. Un moment d’échange où chacun a pris conscience du décalage qui existe entre la réalité de nos pratiques artistiques et l’appréhension qu’en ont la plupart des gens.

A la fin du mois de novembre nous avons quitté l’atelier du collège pour aller nous installer dans le théâtre où nous avons créé le spectacle en janvier 2008.

En février 2008 a commencé la seconde partie de la résidence, qui a été très différente de la première, puisque nous n’étions plus là au quotidien. Nous sommes revenus au collège de façon plus ponctuelle pour diriger des ateliers étroitement liés au travail de création des Aveugles auxquels les élèves avaient participé à l’automne.
Les 6e ont construit leurs propres marionnettes et les ont mises en jeu dans de courts extraits de texte ; j’ai vraiment tenté de partager avec eux ce qui m’a préoccupé pendant les répétitions à propos de la prise de parole avec une marionnette.  Les 3e ont eu plusieurs séances de modelage de terre avec Marguerite Bordat (qui a modelé et peint toutes les marionnettes) autour du visage humain et de l’autoportrait. Nous avons proposé plusieurs lectures au CDI de textes liés au spectacle. Un groupe a travaillé avec l’un des comédiens du spectacle sur la notion de corps manipulé. Bref, toutes les rencontres que nous avons imaginées avec les élèves étaient des prolongements de la première partie de la résidence.

Enfin, les élèves du collège viendront découvrir le spectacle achevé à l’Espace 1789 de Saint-Ouen en mars 2009, en partenariat avec le Théâtre de la Marionnette à Paris.